Guinée

Ici c’est le Foutah du respect et du travail

Lors d’une de mes missions de travail en 2011 je devais rencontrer la communauté et les autorités d’une sous-préfecture au Foutah. Le chauffeur qui me conduisait connaissait la localité moins que moi qui y étais déjà venu plusieurs fois. Nous avons roulé dans une voiture 4×4 et sommes arrivés vers midi dans la localité. J’ai indiqué le bureau du sous-préfet qui était entrouvert et le chauffeur a cherché à bien garer la voiture sous l’unique manguier dans la cour royale. Un jeune homme cherchait vaille que vaille à allumer son fourneau pour faire le thé sous le même manguier et le chauffeur en manœuvrant pour se garer l’avait trop approché et même insulté le qualifiant d’un sale mot que je me réserve de redire ici. Il coupe le moteur et moi je descends de la voiture muni de mes documents de travail. Je voulais courir et aller directement au bureau du sous-préfet que moi je connaissais bien mais un côté me dit de saluer le jeune homme et de lui demander du sous-préfet avant de passer. J’ai alors dit bonjour et ai enchaîné en demandant si le sous-préfet était au bureau. Je marchais en parlant mais la réponse du jeune minable me stoppa net : « mais c’est moi le sous-préfet ! » lança-t-il en éclatant de rire. J’ai éclaté de rire aussi sans le savoir. Le jeune homme était vraiment sale, mal habillé et très gamin avec ses premières barbes. Je suis revenu sur mes pas et lui ai serré la main tout en riant et lui aussi riait toujours de je ne sais quoi. Moi je me suis justifié en disant que je riais parce que c’était la troisième fois que je venais dans cette localité et qu’à chacune de ces occasions c’était un nouveau sous-préfet que je trouvais. Ce que j’ai dit l’a vraiment amusé et il a ri plus fort encore. Je me suis assis à côté de lui sur un banc et ai attendu qu’il finisse de rire pour lui demander : « mais personne n’est là pour vous aider à faire votre Attayah ? ». Il me répond qu’il y a un jeune qui vient de quitter et qui avait promis de revenir l’aider mais puisqu’il avait duré voilà pourquoi Mr le représentant direct du chef de l’état faisait galamment son thé. J’ai demandé s’il était nouveau dans la localité et il me l’a confirmé. J’ai demandé d’où venait-il et que faisait-il avant d’être muté ici. Il m’a répondu qu’il était dans un village isolé à côté de la frontière léonaise et qu’il y enseignait dans une école primaire. Quoi ? Un jeune enseignant du primaire devenu subitement sous-préfet ? C’est bien cela le rajeunissement de l’administration dont nous parlait l’état ? J’ai intérieurement parcouru ces questions-là et tant d’autres sans perdre le fil de la conversation. J’ai bien bavardé avec le jeune sous-préfet et je lui ai dit au revoir. Dès que je me suis levé pour partir il m’a demandé s’il y avait un ordre de mission à signer et j’ai dit non. En fait je ne voulais pas qu’il déchargea sur un de mes papiers alors qu’on avait vraiment rien fait de concret sauf parler de son Attayah et de sa communauté. Il a surement oublié de me demander pourquoi je voulais rencontrer le sous-préfet et moi je tenais juste à m’éloigner de lui, nauséeux.

Une fois dans la voiture j’ai dit au chauffeur que ce monsieur assis sous ce manguier était bien le sous-préfet. Le chauffeur a pris sa bouche comme pour s’exclamer et regretter de l’avoir coincé quand on cherchait à se garer.

Et nous partîmes pour le village rencontrer les leaders communautaires. Le maire était chez lui entouré d’une bonne partie des leaders de sa communauté et nous a bien accueilli. Une fois que je lui ai dit que je venais de la sous-préfecture il a enchainé : « l’état nous a eu et nous humilie beaucoup. Personne de la communauté ne veut travailler avec ce bambin de sous-préfet, inexpérimenté et arrogant. Vous savez bien qu’au Foutah ici c’est la concurrence pour le développement local, c’est à la fois le travail et le respect mais tout le monde est sûr que ce jeune nourrisson ne peut vraiment rien faire pour nous ».

Je n’ai jamais vu le médiateur de la république mais je crois avoir joué son rôle ce jour ; j’ai réussi à les convaincre de travailler avec lui au risque de le voir les empêcher de bénéficier de certains avantages, d’être mal vu ou de faire face à une riposte étatique.

Je ne voudrais jamais entrer dans ces souliers d’administrateur nonchalant et incapable de rejeter une offre qui dépasserait mes talents. Je ne voudrais jamais que ma communauté soit aussi mal gérée. Hélas!

4 commentaires sur “Guinée

    1. Oui nous l’avons tristement vécu Mr Simane! Un jour j’étais dans une autre sous-préfecture pour une autre rencontre, à la même époque, le jeune sous-préfet avait fait l’université avec moi et était dans un ensemble veste-cravate en pleine brousse. Il avait fait semblant de ne pas me reconnaître et moi aussi je refusais de lui parler de moi. Je ne comptais pas revenir dans cette localité car je savais que ce Monsieur ne pouvait être utile. J’avais juste souffert que la réunion fut longue et inutile et on s’est jamais revu. On espère que l’emploi des jeunes ou le rajeunissement de l’administration passeraient par une autre voie plus efficace et efficiente! Merci pour la lecture et le point de vue!

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    2. Des similaires existent à se brûler la langue et assécher la salive par arrêt de sécrétion par les glandes salivaires.
      C’était en 2010, dans une des collectivités rurales de Mamou, une équipe d’enquêteurs y pose ses valises… Il était 15 heures. Des cartons remplis des questionnaires étaient confondus par les autorités locales et populations à des denrées alimentaires, nous avions lu joie et euphorie chez les citoyens. Forte mobilisation autour de nous avec sourire que nous pouvions lire même à distance. Ko sadbi ko tôlî et wonouséné pleuvaient des bouches des autorités locales et citoyens. Curiosité ! Hâte d’avoir sa part et partir ! Ça se lisait également.

      Ce fut au chef de la mission de planter le décor… L’enquête portait sur les IST VIH, ce qui pénétra chez chacun comme une mouche dans l’oreille… Nous vîmes les badauds quitter petit-à-petit les lieux comme rassurés de la suite. Désolation ! Hébergée, l’équipe ne revît plus M le Sous-préfet qui était dans des haillons-haillons de la tête aux pieds… Nous nous rendîmes compte que la préfecture n’eut pas pris le devant comme nous eut été laissé entendre au niveau central. Ce fut un grand un choc pour toute l’équipe, qui quand-même a tout joué pour pouvoir travailler en ramant au sens contraire de la nouvelle humeur des autorités locales et une communauté qui en avait besoin.

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      1. Merci beaucoup pour votre témoignage! J’imagine bien que d’autres acteurs du développement rural guinéen avaient eu un certain accrochage avec cette génération d’administrateurs. Les approches quelles qu’elles soient subissent souvent de sérieux revers dans nos communautés. C’est très illustratif et plaisant votre témoignage!

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