Et… « Eugenia » m’attendait au Sénégal avec des merveilles!

Il y a plus d’un an je publiais ici un article sur un arbuste envahissant dans la sous-préfecture de Hérico (Lélouma), qui se propageait lentement et contribuait largement à dégrader la nature. « Eugenia » c’était malencontreusement le nom que je lui avais trouvé à travers une vieille fiche d’identification ethnobotanique traduite en Poular. Pire mes recherches conduisirent à une conclusion selon laquelle cet arbuste n’était d’aucune utilité ni pour les animaux et ni pour les humains, et donc pouvait être éliminé de notre écosystème sans regret. C’était sans savoir que cet arbuste avait déjà fait l’objet de plusieurs recherches scientifiques à travers le monde !

De son vrai nom Guiera senegalensis, cet arbuste reconnu envahissant par plusieurs sources fait la fortune de plusieurs sénégalais depuis belle lurette où il est appelé Nguélooki (Poular) ou Nguer (Wolof). Guiera est largement utilisé en médecine traditionnelle avec beaucoup de succès.  

Début mai 2019 un ami m’a parlé d’une opportunité de participer à un travail de recherche au Sénégal auprès d’un projet conjointement exécuté par mon université (Wageningen University and Research, Pays-Bas), une université française, et des structures décentralisées de la direction des eaux et forêts du Sénégal. J’étais très attiré par l’étude sur les parcs agroforestiers et plus particulièrement sur les filières non-ligneuses desquelles des villageois pouvaient générer des revenus pour leurs ménages.

Et voilà ! Après examen de ma candidature, mon université m’invite à aller au Sénégal participer à cette recherche !  Tous les documents reçus de la part de la supervision du stage parlaient de Guiera, Faidherbia et quelques autres espèces qui me soient peu ou pas connues de la longue liste des espèces autour desquelles tournaient ces travaux de recherche. Et comme tout curieux je passais ces noms au tri sur Google Images et d’autres sites d’identification des arbres surtout sub-sahariens/tropicaux. Les premières images de Guiera éveillèrent violemment le souvenir de cet arbuste envahissant et destructeur que j’avais vu chez moi en Guinée il y avait un peu plus d’un an! C’est exactement Guiera que j’avais confondu de façon erronée à « Eugenia » qui est cet arbuste miracle, sujet d’une partie de ma recherche et de mon séjour au Sénégal ! Autant je parcourais les images et les nombreux articles scientifiques autour de l’arbuste en question autant je me rendais compte qu’enfin je redécouvrais Guiera, une espèce intéressante et porteuse !

20 juin 2019, j’arrive à Dakar pour y passer quelques entrevues avant d’aller au terrain rencontrer les acteurs impliqués à l’exploitation des filières forestières non-ligneuses. Un haut cadre du ministère de l’agriculture sénégalais me reçoit à son bureau dès les premiers jours de cette aventure et me souligne que tout le monde ici connaissait les vertus médicinales du Guiera et ça, depuis belle lurette. Plus tard dans la semaine un autre cadre déjà à la retraite me parle du Guiera et confirme le premier et tant d’autres personnes que j’avais pu interroger ça et là. Ce fut encore plus plaisant lorsque je pus enfin rencontrer des tradipraticiens dans les grands marchés de Dakar qui revendaient les feuilles du Guiera et qui lui reconnaissaient ses vertus médicinales et ses valeurs économiques !

Je parcourus le net à la recherche de publications autour de notre Nguéloodhi et tombais sur des travaux de recherche sur les vertus de cet arbuste dans le traitement contre la tuberculose au Sénégal mais aussi sur d’autres publications qui témoignaient de son utilisation contre les morsures de serpents par des Peulhs du Nigeria. D’autres documents parlaient de ses vertus fourragères mais aussi dans le traitement contre le rhume, la tuberculose, le cancer, la diarrhée, la dysenterie, la bronchite et certaines fièvres et mêmes contre des maladies virales (herpès génital et hépatite B inclus ) !

Effectivement mes tournées dans plusieurs villages à l’intérieur du Sénégal confirmèrent la présence du Guiera, son utilisation en médecine traditionnelle et la génération de revenus autour de cette filière par plusieurs menages.

Près d’un mois après mon arrivée j’avais attrapé un sévère rhume et m’étais littéralement alité pendant deux jours de suite. Les comprimés qu’on m’avait prescrits étaient presque sans effet et me poussèrent absolument à tester de moi-même une tisane de ce Nguéloodhi ! Une tasse le matin, une autre le soir, en un jour ou deux et je me sentais vraiment mieux.  

Guiera contre mon rhume à Bambey, Sénégal

Peut-être que cet arbuste nous cache d’autres secrets qui sauveraient une bonne partie de l’humanité !? Peut-être qu’il faudrait juste faire un peu plus de recherche !? Peut-être qu’il faudrait juste valoriser les travaux de recherche déjà faits !? Peut-être que si tous les malades sujets à l’une ou l’autre des maladies précitées exploitaient Guiera il serait devenu de moins en moins envahissant chez nous et nous aurait apporté la santé en plus!? Peut-être !?

Nos paysans et nos chercheurs pourraient bien profiter du Guiera qui nous envahit !

Des articles scientifiques sur Guiera senegalensis sont disponibles sur https://www.sciencedirect.com/

9 commentaires sur “Et… « Eugenia » m’attendait au Sénégal avec des merveilles!

  1. WAOUH! Ma’cha’al’lah! ça m’a intriguè!!! C’est vraiment intéressant! Espérons que vous allez développer cet arbuste chez nous à Herico!
    Ca me fascine de plus en plus, l’agronomie!

    Aimé par 1 personne

    1. Merci pour la lecture et les commentaires! Honoré de savoir que tu tiens à l’agronomie, pilier incontournable du développement de notre continent! Fais vite! On a besoin de cadres aussi visionnaires! Guiera se propage de façon un peu spectaculaire à Hérico mais personne ne savait le valoriser. Espérons que le message va passer et que de là Guiera sera utilisé en pharmacopée!

      Aimé par 1 personne

    1. Les travaux de recherche continuent dessus et des miracles il y en aura certainement avec cet arbuste! Les informations publiées dans cet article ne parlent que de l’utilisation des extraits des feuilles du Guiera, pas des racines ou des écorces. Il y a vraiment un forte probabilité de trouver plus de vertus! Merci pour le point!

      J'aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s