Jeune, j’avais aimé et torturé un manguier (Première Partie)

Jeune, j’avais une passion ; planter des arbres notamment des fruitiers en pépinière et espérer les transplanter plus tard quand je serais grand. J’ai planté des dizaines voire centaines dans plusieurs pépinières sans jamais réussir à en transplanter aucun. Tout de même je ne me lassais pas et ce manguier en question, seul rescapé de mes plantations d’enfant, j’ai assez souffert pour l’implanter.

L’amour de l’agriculture, Dieu me l’a donné à ma tendre enfance et je ne me souviens plus quel âge j’avais. Je sais tout de même que c’est bien longtemps avant que je ne commence à aller à l’école. Un de mes oncles avait une grande plantation de fruitiers et nous y envoyait mes frères et moi pour nous apprendre à faire une pépinière. Il nous montrait comment collecter les graines, comment les préparer à la germination et comment entretenir les jeunes plants. Nous avions toujours de jolis jeunes plants que nous entretenions pendant longtemps. On aimait tous cette activité et on excellait de jour en jour.

Quelques années plus tard mes frères et moi avions chacun sa pépinière dans la plantation de papa et on mesurait le succès par la taille et la robustesse de nos jeunes plants. On mettait assez de nous-mêmes pour préparer les planches qu’on enrichissait avec des jeunes herbes, du crottin de chèvre et de l’humus forestier. On avait déjà une certaine expérience bénéfique en la matière et on aimait bien le métier.

Un de ces jours, je rentrais du champ avec les talibés de mon père. On avait travaillé toute la journée à désherber notre champ de fonio et le soir on revenait avec quelques fagots de bois à la tête. J’étais très jeune mais m’efforçais à marcher sous mon fagot et il pleuvait fort. Le champ était à environ une dizaine de kilomètres du village et on y allait et revenait chaque jour.

Ce jour donc, les jeunes talibés m’avaient laissé derrière et le plus grand d’entre eux trainait le pas avec moi afin de s’assurer que je ne m’égarais pas, ne paniquais pas ou bien ne pleurais pas. On marchait lentement à mon rythme de jeune garçon fatigué par le travail du jour et par le poids du fagot de bois sur la tête. Apres avoir fait presque la moitié du chemin, mon superviseur (qui se trouvait être un de mes cousins) s’était arrêté pour se reposer ou pour je ne me rappelle plus quoi. Je m’étais arrêté aussi quelques mètres plus loin derrière un buisson pour me reposer un peu. Il pleuvait toujours, toujours plus fort. Il pleuvait des cordes. Soudain j’aperçus les feuilles d’un jeune manguier émergeant entre des jeunes arbustes sauvages. Je posais tout bonnement mon fagot de bois au bord de la route et rentrais entre les buissons. Je commençais à arracher le jeune manguier à l’aide de mes petites mains. Mes petits doigts creusaient et je me relevais pour tirer la tige. Le manguier ne bougeait pas, et ne remuait même pas. Je creusais encore et encore, sans effet. Mon « suiveur » aperçut mon fagot de bois et se rendit compte que j’étais dans les buissons. Il vint me tirer de mon travail et j’insistais que je devais arracher le manguier et le transplanter au village. Il insista pour m’emmener de force et je m’efforçais pour m’accrocher au jeune manguier. Il me tirait et je tirais en même temps le manguier. Il comprit assez vite que je tenais absolument à ce jeune fruitier. Il s’arrêta, gardant son fagot de bois à la tête et sortit un coupe-coupe à l’aide duquel il creusa tout autour du manguier et me demanda de le tirer ensuite. Je tirais et le manguier ne remuait pas non plus. Mon suiveur creusa encore, toujours le fagot de bois à la tête et me demanda de tirer pour arracher le manguier encore. Je tirais et il ne bougeait toujours pas. Mon suiveur remit le coupe-coupe entre les bois de son fagot et tira le jeune manguier qu’il arracha d’un coup sec du sol. Il brandit le jeune manguier en l’air et me dit de le jeter car selon lui il ne survivrait pas. En fait ses racines avaient été coupées pendant qu’il creusait ou lorsqu’il arrachait brutalement le manguier. Toutes les racines étaient vraiment bien endommagées mais j’insistais à rentrer avec le manguier au village. Mon suiveur plaça le manguier entre les bois de mon fagot, me le remit sur la tête et me demanda de prendre la route. J’étais content et marchais plus vite devant lui.

Nous sommes arrivés vers le crépuscule au village. Je posais vite mon fagot derrière la case de ma mère et courrais assez vite pour transplanter le jeune manguier dans la « tapade ». Je choisis un coin éloigné de la case et proche de la clôture afin de ne gêner personne et risquer de perdre le manguier. Je le transplantais sous une pluie encore battante. Le sol pauvre et « gravillonnaire » sur lequel je l’avais planté n’était pas profond et n’offrait aucune chance de survie à la plante. Le manguier balançait de côté lorsque je finissais le travail ce qui me poussa à amasser beaucoup de terre autour du collet pour le stabiliser.

Quelques jours après le manguier perdit ses feuilles et m’attristait profondément. Je ne savais que faire mais venais le voir et l’examiner profondément matin et soir, aussi bien sous le soleil que sous la pluie. Je ne le fertilisais pas, ni ne l’arrosait et je ne pouvais savoir de quoi souffrait-il.

Quelques semaines après, le jeune manguier émît des nouvelles feuilles. J’étais content et je compris immédiatement qu’il s’était accroché au sol et qu’il commençait à s’adapter à ce nouveau et hostile sol. Hélas c’était le début d’une série d’immenses calvaires pour ce manguier.

La suite dans un prochain article!

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